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Théâtre

A plates coutures

Claudine Van Beneden, Compagnie Nosfératu

Enregistré à : Théâtre du Bordeau - Saint Genis-Pouilly


Quatre comédiennes et un musicien vous entrainent au coeur de la lutte et de la résistance des ex-ouvrières Lejaby face à la fermetrure de leur atelier en 2010

Tout public

Résumé

Quatre comédiennes et un musicien racontent la lutte, la résistance, les bouleversements d’un conflit ouvrier inspiré de l’histoire des ouvrières Lejaby.

Pas loin du musical, avec ses scènes aux mouvements stylisés et aux parties chantées, la pièce de Carole Thibaut offre aux cinq artistes l’opportunité de se livrer à une belle interprétation scénique. On apprécie plutôt la légèreté que ces passages de comédie musicale octroient à une pièce au sujet grave : celui de la destruction de l’usine Lejaby, qui a déposé le bilan en 2010, après un âpre combat de ses ouvrières.

Parfois, on oublie que le combat social fut ardu, tant on entre dans le quotidien et la vie de chacune de ces quatre femmes, représentant les ouvrières de Lejaby. Pourtant, les relations sont sans cesse tendues : que ce soit face à la figure du pouvoir (contremaître tyrannique, acteur politique en quête de voix, patron aux promesses fallacieuses) ou aux injonctions domestiques (il faut s’occuper de la maison, des enfants, du mari désespéré). La solidarité et l’attachement que ces femmes manifestent les unes envers les autres soulignent aussi le fait que la classe ouvrière n’a pas disparu, malgré la tentative d’en refouler l’existence dans le passé de la lutte des classes.

Au-delà du phénomène social, c’est aussi un pan de l’identité de l’industrie française qui est abattu : charme, élégance, savoir-faire et implication dans une fabrication de qualité, voilà ce que représentaient Lejaby et ses petites mains dévolues à leur travail. Le texte et la mise en scène montrent que le travail engage le corps des ouvrières, qu’il les engage dans le corps social et qu’il forme aussi le tissu de leurs vies. Si les luttes pour faire valoir leurs droits placent constamment les ouvrières sur la brèche, usées qu’elles sont sur leurs machines, elles constituent néanmoins un point d’ancrage qui les rattache à la vie. Les plans sociaux et les fermetures les placent sur un autre bord : au-delà du désespoir, dans une littérale désintégration physique et psychique.

À plates coutures! entremêle les fils narratifs et superpose les actions. Les jeux de voix démultiplient la parole d’un même discours d’un.e protagoniste à l’autre, pour faire entendre une communauté de destins dans la singularité des parcours. Système d’écho et de mise en abyme, sans systématisme ni artifice dans le jeu.

La vidéo souligne, par exemple, les enjeux médiatiques des luttes politiques et sociales. C’est aussi un choix esthétique qui sert les effets dramatiques par un resserrement sur les expressions du visage tout en maintenant la distanciation. Et c’est bien fait, on ne voit ni fils ni ficelles - c’est aussi ça le savoir-faire.

_”_Le sujet m’est apparu fin 2010 lors des premières manifestations des ouvrières de Lejaby (textile sous vêtements) dans les rue d’Yssingeaux. J’ai alors décidé d’aborder le thème du travail des femmes en nous inspirant du combat de ces ouvrières. Simultanément je découvrais l’écriture de Carole Thibaut et plus particulièrement son activité de collecte de parole qui m’a particulièrement touchée. Cette écriture qui consiste à rencontrer, écouter et partager une expérience avec un groupe de personnes pour ensuite réaliser un réel acte artistique en composant une oeuvre théâtrale inspirée du réel m’a particulièrement attirée. Initié avec Darling de Jean Teulé, nous poursuivrons avec À Plates Coutures!, un travail sur le son réel et la création musicale. Les sonorités âpres et parfois violentes inspiré de la guitare électrique et de l’univers de Simon Chomel seront au coeur de la mise en scène. Cette recherche sonore et musicale permettra aussi l’alternance d’une interprétation théâtrale et d’une interprétation intime, propres à ce que je pense être le théâtre musical contemporain.

Claudine Van Beneden, metteuse en scène

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